Stanislas Piechaczek : De l’or dans les pinceaux

Il y en a peu. Des gens capables de réveiller en nous le meilleur, stimuler l’orgasme créatif, pointer du doigt l’avalanche d’émotions et faire voyager le coeur comme un wagon de Grand Huit.

A 28 ans, Stanislas Piechaczek est un artiste à part, un électron libre, un alien sorti tout droit d’une soucoupe volante, comme celle qu’il dissimule, finement tatouée sur l’avant bras. Originaire de France, Stanislas vit aujourd’hui en Australie où il a entamé sa carrière il y a 5 ans. «Je n’avais pas de sous pour acheter de toile donc je peignais sur des bouts de bois de construction que je trouvais dans les maisons voisines. » Il garde en tête ses débuts,  comme la trace sacrée du chemin parcouru.

Depuis les plages de Noosa aux piscines turquoises de la région des Witshunday, Stanislas a parcouru les milliers de kilomètres de la côte Ouest Australienne et en a absorbé ses contours. Il a intégré ses reliefs, ses odeurs puis ses rythmes et les a retranscrit à travers des délires colorés, naifs et véridiques.

Le 20 Avril dernier, Stanislas exposait sa toute dernière collection « Hotel Cóco » chez Clo Studios. Avec près de 150 personnes invitées, l’artiste a fait salle comble. Son envolée de pinceaux, les trompettes aux feuilles d’or de ses musiciens et les ornements antiques de ses 16 tableaux ont séduit les convives repartant, ce soir-là, avec la moitié des toiles. A l’image des sphynx du jardin de l’Hotel Cóco, Stanislas est un indomptable. Son apparente sagesse jongle avec une indocile âme d’enfant qui lui permet de donner vie aux scènes d’une infatigable imagination. 

« Hotel Cóco est le mélange de mes origines françaises et d’influences subtropicales de mon pays d’adoption qu’est l’Australie » dit-il. « Une fois de plus, la musique a également joué un role très important dans la création. Elle a permis de raviver quelques souvenirs et créer de véritables émotions. Des artistes comme Serge Gainsbourg, Georges Brassens, Edith Piaf et bien d’autres m’ont transporté en France. Des artistes comme Elis Regina, Joao Gilberto, Ibrahim Ferrer, Jackie Mittoo et Dave Brubeck ont su installer cette ambiance funky, jazzy, chaleureuse et tropicale. »

Si vous ne l’aviez pas encore compris, ce mec est tout bonnement un génie. L’Agence Relief est aujourd’hui plus que jamais fière de compter désormais Stanislas Piechaczek dans son équipe de Talents.

Interview & Texte : Elisa Routa | Photos : Andy Staley

“C’est en voulant faire vivre mes dessins et mes poèmes que j’ai commencé la peinture. “

Stan, peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je viens d’Issoudun dans le centre de la France et vis en Australie depuis 5 ans. Ma mère est artiste-peintre donc j’ai grandi entouré de pots de peinture, de toiles, de matériel de peinture et de pinceaux. J’aime ce que ma mère arrive à créer mais j’ai longtemps trouvé son style assez dur. Pourtant, j’imagine que ça m’a aidé. Quand je regarde l’atelier dans lequel j’évolue aujourd’hui, il ressemble étrangement à l’univers dans lequel j’ai grandi. Finalement, sans m’en rendre compte, la peinture a toujours fait partie de ma vie.

Quel a été le déclic pour la peinture ?

Depuis que je suis petit, j’ai toujours fait beaucoup de dessin. Non pas que j’étais bon mais j’aimais ça. Puis, j’écrivais des poèmes et des rimes. A l’époque, mes poèmes n’avaient pas de vie, pas de dimension. Je les trouvais assez creux. C’est en voulant faire vivre mes dessins et mes poèmes que j’ai commencé la peinture. La peinture est finalement le moyen de combiner mes deux passions que sont le dessin et la poésie. A cette époque, j’habitais à Anglet dans le Pays-Basque. J’étais alors au lycée, je n’avais pas de feutre, simplement des stylos, des crayons à papier et des fluos. Je crois que c’est ce qui m’a donné envie d’utiliser des peintures plus liquides. A ce moment là, je n’avais pas de sous pour acheter de toile donc je peignais sur des bouts de bois de construction que je trouvais dans les maisons voisines. Quand j’ai annoncé à ma mère que je commençais à peindre, elle m’a donné pleins de pinceaux et de toiles.

Peindre sur des toiles a été une révélation ?

Quand j’ai fait mes premières peintures sur toile, je me suis rendu compte que je pouvais travailler davantage la texture. Je ne connaissais pas cette épaisseur sur le bois. Après 7 années à peindre, c’est seulement aujourd’hui que je découvre les textures et le relief. J’apprends tous les jours, j’expérimente et j’ai des millions de techniques en tête. Je veux que ma peinture soit vivante.

« En associant le graphisme et la couleur, je veux avant tout rendre mes toiles vivantes.”

Aujourd’hui encore, tu associes les textes et les images. Pourquoi ce besoin de mettre des mots sur des représentations picturales ?

Les phrases que je n’arrive pas à écrire, je les peints. Et vice versa. Je crois que je recherche un certain équilibre dans la peinture. J’avais quelque peu délaissé le texte dans ma dernière collection mais je recommence lentement à réintégrer les mots dans mes peintures.

Tes inspirations te viennent essentiellement de l’environnement qui t’entoure. Tu peux nous en dire plus ?

En effet, tout ce qui est autour de moi est ma première inspiration, puis j’écoute énormément de musique. J’ai habité dans le nord de l’Australie durant un an où l’environnement était très tropical. Là-bas, j’ai écouté des musiques du monde, d’Amérique latine, des musiques brésiliennes et espagnoles. La musique m’a beaucoup aidé pour les couleurs car elle permet de faire ressentir des choses au fond de soi.

Il y a des artistes qui exercent une influence sur ton art ?

J’essaie de ne pas regarder ce qui se passe, ou ce qui se fait, car, que tu le veuilles ou non, ton cerveau assimile ce qu’il voit, et ça peut ressortir plus tard dans tes toiles. Je veux à tout prix éviter ça. Si cela arrive et que tu t’en rends pas compte, c’est beaucoup de frustration. En revanche, il y a évidemment énormément d’artistes incontournables que j’adore. Quand j’ai commencé à peindre, j’habitais à Anglet, un jour ma voisine est venue chez moi avec une toile ou une photo, je ne sais plus très bien. Je me rappelle de dessins colorés, de brouillons, c’était du graffiti. Elle m’a dit « C’est du Basquiat ». A cette époque, je ne savais pas qui était Basquiat. Le fait de découvrir son style ne m’a pas donné envie de le reproduire, je n’ai jamais voulu lui ressembler et je ne me sens pas très à l’aise avec les comparaisons, mais ça m’a seulement donné énormément de confiance. Je ne pensais pas que quelqu’un puisse être capable de réussir en faisant ce genre de toile. Dans l’Art Naif, il y aura évidemment toujours des comparaisons à faire mais, aujourd’hui, je suis heureux de m’en être éloigné.

Tu as récemment exposé chez Clo Studios et ainsi présenté ta dernière série de peintures. Parle-nous de cette nouvelle collection…

La série a débuté par le désir de faire des peintures du monde capables de mélanger différentes cultures, de rassembler une notion tribale. A travers cette collection, je tenais à garder l’aspect tropical que j’exploite depuis un an. J’avais aussi envie de réintroduire des personnages et utiliser les techniques que j’ai apprises ces 7 dernières années. Récemment, je me suis mis à écouter beaucoup d’Edith Piaf et de Serge Gainsbourg et certaines musiques françaises que j’aime beaucoup. Cette année, plus que jamais, la France m’a énormément manqué. J’ai donc voulu mélanger tout ça afin de créer une série à la fois française et tropicale. J’ai repris beaucoup de mots, d’écritures et ai fait des peintures à la palette, ce qui crée des mouvements. J’ai expérimenté des techniques avec le pinceau afin de créer du volume. J’ai globalement essayé de faire quelque chose de plus graphique. En associant le graphisme et la couleur, je veux avant tout rendre mes toiles vivantes. Chaque toile est le fruit de beaucoup de travail, beaucoup de réflexion. Avant ça, j’avais l’habitude de peindre une toile par jour. Aujourd’hui, je peints une toile par semaine. J’ai voulu montrer ce dont je suis capable de faire. J’ai l’impression que cette collection est davantage aboutie, plus travaillée.

La collection s’appelle « Hotel Cóco », pourquoi ?

Cóco, c’est pour « Cóctel » et un hommage à Coco Chanel, icône française de la mode. C’est un hotel où tout le monde parle français, situé en Equateur. Plus que jamais, j’avais envie de montrer que je suis français. La France me manque et je pense que je toucherai sûrement des gens de ma famille. A travers ces 16 toiles, c’est aussi l’occasion de leur dire que la France est toujours présente dans ma tête.

“Après un cyclone, mon atelier a été détruit, j’ai peint durant des mois à l’extérieur, sous un préau en chaume. J’étais entouré de palmiers, dans une environnement très tropical, ce qui s’est ressenti dans mes peintures.”

Parle-nous de ton nouveau studio à Noosa. C’est important d’évoluer dans un atelier qui te ressemble ?

Oui, je passe beaucoup du temps au studio. J’ai investi énormément dans de la peinture et des pinceaux de très bonne qualité car cette année, j’ai voulu me donner les moyens en ayant les bons instruments. L’année dernière, je peignais depuis mon atelier au nord de l’Australie. Après un cyclone, mon atelier a été détruit, j’ai peint durant des mois à l’extérieur, sous un préau en chaume. J’étais entouré de palmiers, dans une environnement très tropical, ce qui s’est ressenti dans mes peintures. Aujourd’hui, le studio m’impose une rigueur, un rythme. De plus, je partage le studio avec Andy, photographe, et Christian, un artisan qui travaille la céramique. J’aime le regarder faire de la poterie. Il possède beaucoup de livres sur la poterie et l’histoire de la poterie. Je m’inspire de tout ça.

Des projets ?

Un bébé ! C’est un beau projet ! Et puis, j’ai énormément de projets en ce qui concerne la peinture. Je suis fier de montrer ces toiles. Si ça ne marche pas, ce n’est pas grave, parce que je serais allé au bout de moi-même. Durant 5 ans, j’ai fait grandir mon art en Australie mais j’aimerais aujourd’hui, grâce à l’Agence Relief, aller là où sont mes racines et arriver à toucher un autre public basé en Europe.

Découvrez le travail de Stanislas Piechaczek.

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