Paris Surf & Skate Film Festival

Culturellement, on baigne dans un ventre mou, un genre de flaque visqueuse sans agitation quelconque, incapable de nous stimuler les neurones. « Mais bon, au Pays-basque, on a l’océan. » Ah oui si vrai.

Par Elisa Routa

Un peu d’air frais à vapoter, de l’iode en bouteille plastique et des apéros dinatoires à base de verrines de xistorra … Ce sont sans doute ce que viennent chercher les Parisiens qui rachètent toutes les chambres de bonne et les chateaux de Guetparis. Pendant que certains « descendent », d’autres « montent ». C’est assez marrant comme ces deux verbes se confrontent et illustrent le va-et-vient spirituel permis par la SNCF. Dans les toilettes de la voiture 15, on échange nos costumes telle une mise en scène théâtrale bien maitrisée. Le citadin s’apaise et vient se ressourcer pendant que le bouseux s’élève et se donne des airs. On troque nos crocs pleines de boue pour nos pull en V démodés et on se barre à la capitale. En arrivant à Montparnasse, on essaie naïvement de souffler un peu de culture dans les tuyaux géants de Beaubourg, on gratte sous la coque de verre de la fondation Louis Vuitton pour espérer trouver une exaltation créative. On se prend une claque avec Basquiat et on dîne avec Picasso au Musée d’Orsay. On est tantôt contrariés ou émus aux larmes. La culture a ce véritable pouvoir de bouleverser les âmes et les remettre en question. Le cinéma en fait partie.

« Le cinéma, c’est vingt-quatre fois la vérité par seconde.” – Jean-Luc Godard

Je devais avoir une douzaine d’années quand j’ai regardé “Le Blob” pour la première fois avec mon frère. C’est ensuite devenu une habitude flippante pour la moins inexplicable, au même titre que tomber sur le clip de campagne officiel de Jair Bolsonaro ou visionner “Le Silence des Agneaux” dans une boucherie chevaline. S’infliger régulièrement une dose de trouille est a priori un penchant exclusivement humain. Sauf preuve du contraire, aucune biche n’irait volontairement se jeter dans la gorge sèche d’un lion affamé, paisiblement allongé à l’ombre d’un buisson dans une région semi-désertique, le tout par simple divertissement ou pour vivre le grand frisson. Pourtant, la version effrayante de la vie est apparemment très attirante pour l’homme moderne. En Septembre 2018, à l’occasion du Festival du film fantastique de Strasbourg, « L’Exorciste », datant de 1974, a choisi d’être projeté dans… une église. La choucroute rend inconscient. Bref, c’est donc à cause du Blob que j’ai longtemps eu peur des chewing gum. Mais c’est une autre histoire.

« Le cinéma balance avec lui son lot de magie et d’émerveillement. Il est essentiel à l’homme, primordial à nos vies, il réchauffe nos coeurs comme une pierre chaude en plein soleil. Ou la vidéo du chien déguisé en Ewok. » 

Les films permettent de donner vie à nos angoisses, d’incarner nos désirs, d’inspirer nos actions, de nous faire croire, de prétendre, de mimer, de feindre, de souligner, de gémir, d’accentuer, d’inviter, de murmurer à l’oreille ce qu’on pourrait être, de trouver un écho, de voir l’étendue des possibles et de changer les gens. Le cinéma détend, angoisse puis exalte. Il nous touche, nous calme, nous surprend. Il balance avec lui son lot de magie et d’émerveillement. Il est essentiel à l’homme, primordial à nos vies, il réchauffe nos coeurs comme une pierre chaude en plein soleil. Ou la vidéo du chien déguisé en Ewok.

Avant de monter dans ce train direction le Lieu Secret, où se tenait le Paris Surf & Skate Film Festival, j’ai pris soin d’enfiler mon pull en V et ai laissé mes crocs sous les sièges de mon vieux Hyundai H100, celui qui roule encore malgré le pot d’échappement qui étincelle à chaque rond point. De quoi faire envie aux nouveaux voisins « en quête d’authenticité ».

La programmation de cette 3ème édition a été digne de ce festival résolument indépendant et alternatif : 15 films en compétition (6 documentaires et 9 courts métrages), 2 films hors compétition et 3 prix à remettre par le jury composé de Yorgo Tloupas (directeur artistique et designer), Arthur deKersauson (réalisateur), Yann Garin (rider), Élisa Routa (journaliste pull en V) et Raphaël Gianelli-Meriano (photographe).

Sans avoir à cracher dans les tuyaux de Beaubourg, sans avoir à rayer la toiture impeccable du grand Frank Gehry, on a pu assister à une valse de la culture, celle qui fait bouger les sentiments, fait naître les débats, tirailler les rides des yeux et se battre pour des idées. On s’est reconnu dans « Big Wata » (meilleur Long Métrage Surf), émus par la béatitude instinctive et universelle de tout surfeur devant une nouvelle vague. On s’est pris d’affection pour l’honnêteté de Bing Liu, le réalisateur prometteur de Minding The Gap (Long métrage Skate). On s’est marré devant la comédie The Outrider (meilleur Court Métrage Surf), qui fait de nous les témoins immobiles de la rivalité ridicule entre surfeurs performants et puristes, et on a fini par plonger dans la fiction bien maitrisée de Bickford Parks (meilleur Court Métrage Skate).

Encore une fois, Paris a su incarner ce mouvement alternatif et nécessaire dans un ancien cinéma du 14ème arrondissement, notamment connu de la scène gay et lesbienne (L’Entrepôt). Hormis la cassolette de coeurs de canard à 10€ (soit 2€ le coeur) à déguster avec des fourchettes à dessert, Paris a tenu ses promesses en suscitant l’exaltation créative qui manque cruellement à tous les voyageurs de la voiture 15 en partance de la gare de Bayonne*.

Merci aux fondateurs et organisateurs du PSSFF (Guillaume Le Goff, Elodie Salles, Stéphane Borgne, Jul Pot, David Couliau et les autres !) pour la super programmation, les good vibes et la thérapie de 3 jours au houblon.

*Exception : Gros pouce bleu en l’air pour le Festival du Film de Surf d’Anglet, pure pépite et ovni culturel délectable, attendu comme le messie par les voyageurs de la voiture 15 et tous ceux qui prennent pas le train.

Photos : Elisa Routa

Plus d’infos sur le Paris Surf & Skate Film Festival.

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