Rencontre : Oliver Gallmeister

Une Amérique diverse et étonnante. Voilà ce qui passionne Oliver Gallmeister, fondateur de la maison d’édition Gallmeister créée en 2006. A travers des westerns dégoulinants, des polars cyniques, des romans noirs, nature writing ou des romans d’aventures qui révèlent les secrets de la pêche à la mouche, le catalogue de Gallmeister est à l’image des Etats-Unis : riche et fascinant.

Depuis les montagnes du Montana à la baie de Seattle, du quartier de Brooklyn aux déserts de l’ouest américain, Gallmeister est aujourd’hui le seul éditeur Français à se consacrer uniquement à la littérature américaine. Vétérans de guerre, navigateurs, shérifs, guides de pêche, détectives privés, activistes écolos, flics, chasseurs, braqueurs, assassins, enseignants, cowboys, tribus indiennes ou traders… Depuis 12 ans, son fondateur nous fait découvrir les multiples facettes de la géographie et de la société américaine à travers des auteurs qui enrichissent notre vision de ce pays, à la fois complexe et attachant.  Nous l’avions rencontré en Septembre dernier lors d’une conférence à la Librairie Hirigoyen à Bayonne.

Par Elisa Routa.

“Mon métier, c’est d’être lecteur professionnel, ce qui est assez cool.”

 

Que veut dire être « éditeur »?

Il n’y a pas de savoir-faire particulier, d’études ou de compétences techniques pour être éditeur. Ce que je fais, c’est finalement ce que vous faites en tant que lecteurs quand vous entrez dans une librairie : vous farfouillez, vous discutez avec les libraires car quelqu’un vous a éventuellement conseillé un livre ou vous avez lu une critique dans la presse. Très souvent, vous allez acheter les livres par hasard. En librairie, les achats d’impulsion représentent 60%. Dans 40% des cas, vous savez ce que vous voulez et vous venez l’acheter. Un éditeur fait exactement la même chose auprès des catalogues et des maisons d’édition américaines. Personnellement, je discute avec mes auteurs, ils me conseillent certaines lectures, certains auteurs, puis des agents d’auteurs nous envoient des manuscrits, je lis aussi la presse américaine, je fouille dans les librairies… En fait, mon métier c’est d’être un lecteur professionnel, ce qui est assez cool. Fondamentalement, je ne fais rien d’autre que ça. Mon seul savoir-faire, c’est celui de choisir des livres. Ce n’est pas moi qui les écris, ni ne les traduis.

La traduction, justement, est particulièrement soignée et fait la marque Gallmeister. Comment se passe la traduction?

On a une remarquable équipe de traducteurs, ce sont de gens qui suivent nos auteurs depuis des années. On essaie de créer des affinités electives entre un auteur et son traducteur. Pour David Vann, par exemple, Laura Derajinski le suit depuis maintenant 8 ans, c’est elle qui traduit ses livres. C’est une jeune femme extrêmement talentueuse que l’on voit progresser d’année en année, complètement à l’aise avec l’écriture de David, un écrivain extrêmement difficile à traduire. A l’image d’Hemingway, par exemple, il y a des auteurs qui ont l’air très simples mais qui restent compliqués à traduire. Ce sont des écrivains complexes, plus riches, plus denses, bien qu’en apparence plus simple pour nous, lecteurs. John Irving semble plus foisonnant, mais le paradoxe est qu’il est plus simple de traduire Irving qu’Hemingway.

Vous évoquiez David Vann, un auteur que vous aimez particulièrement. Vous pouvez nous parler de lui? 

David Vann est habité par l’écriture, il ne fait qu’un avec les livres qu’il écrit. Il a une forme d’esprit extrêmement structurée, il est brillantissime. Je fais d’ailleurs ce métier parce que j’aime les écrivains, j’aime les rencontrer. Je ne suis finalement qu’un lecteur. Certains décrivent des scènes de guerre, des paysages, des tempêtes de neige, des gens avec des visages déchirés… Les auteurs y vont à fond, ils osent et c’est ce que j’aime. Ils racontent des histoires qui nous emportent. Kim Zupan, c’est pareil, son écriture est complètement baroque et ça fonctionne parce qu’on est comme des gosses lorsqu’on lit ses histoires, comme quand on lit Stevenson, ça marche. C’est ce que j’aime chez ces auteurs-là. David a une écriture différente, extrêmement densifiée, il élimine tout ce qui est en trop et chaque mot est pesé. En tant qu’ancien professeur de linguistique, David est fasciné par, non seulement la linguistique, mais surtout la musicalité des textes.

“Je suis convaincu qu’il vaut mieux parler d’univers et de sensibilité car c’est comme cela qu’on parle d’un livre entre amis.”

 

Comment choisissez-vous les livres présents dans votre catalogue?

On essaie de préserver l’intégrité du catalogue en ne publiant que des livres qui nous ressemblent, des livres que l’on aime. On ne publiera jamais de livres que l’on trouve vulgaires ou mauvais. Ce n’est, en fait, pas bien compliqué. Aujourd’hui, on a des collections que l’on a appelé Nature Writing, Americana, Noire, Néo-Noire et Totem. Mais en 2018, les collections vont disparaitre. Après 12 ans d’activité, je viens de comprendre que, comme les libraires, on a tendance à mettre les livres dans des cases, et on les enferme dans des collections artificielles. Demain, par exemple, je participe à une rencontre sur le polar avec David Vann et Peter Farris. Pourtant, David n’est pas du tout un auteur de polar. Je suis convaincu qu’il vaut mieux parler d’univers et de sensibilité car c’est comme cela qu’on parle d’un livre entre amis. « Tiens, j’ai envie de voyager un peu, envie de vivre un roman d’aventures qui me puisse me faire voyager», dans ce cas-là, il y a Lonesome Dove de Larry McMurtry, un livre qui traite davantage des grands espaces. « J’ai envie de vivre une histoire de famille, plutôt joyeuse », dans ce cas, cela peut être Ayana Mathis. Pour un roman plutôt noir, ce sera David Vann. Mais on a également des univers plus urbains chez Ayana Mathis et Tom Robbins, d’où notre volonté de casser les collections.

Que vont devenir les différentes collections en 2018?

On aura une collection grand format, qui s’appellera Americana, puisque le sujet de notre maison d’édition, c’est tout simplement l’Amérique. Notre volonté est de publier des livres qui vous présentent l’Amérique, un pays qui me fascine depuis que je suis tout jeune. Chaque livre ou chaque auteur publié est comme la pièce d’un puzzle sans fin. Elle vous montre un petit coin du sud des Etats-Unis avec des dégénérés racistes, des dealers et bootleggers, une grande ville dans le Nord Ouest avec une tradeuse qui tombe amoureuse d’un hippie, une famille noire du sud qui a émigré dans le nord pour échapper au racisme, ou une famille d’espions qui parcoure le monde pour essayer de détruire le communisme. Bref, l’idée est de montrer ce qu’est l’Amérique de manière protéiforme et en cassant le fantasme américain que l’on a souvent, ici en France.

 

Photos : Martin Colombet

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