Odisea : “Retour aux sources”

Lorsqu’on a créé l’Agence Relief, on a été profondément guidés par la volonté incontournable de “faire les choses bien”. Alors évidemment, ça peut sonner comme une pensée un peu trop vague voire engourdie, embourbée dans une rigueur de vioc, au mieux délicieusement utopiste ou quelque peu prétentieuse. Mais ces quatre mots sortis tout droit de la liste d’une trentenaire en post crises d’angoisse sont le fil rouge indispensable de chacune de nos décisions et de nos collaborations. Et puisqu’on n’est pas toujours obligés de citer Gandhi, je vais mentionner Grégor, ancien monteur TV et cinéma devenu permaculteur dans un projet expérimental d’éco-village qui rassemble une quinzaine de volontaires dans le Lot-et-Garonne : « Je préfère être et ne rien faire, que faire et ne rien être ». Bam, la sagesse à portée de mains (sales) à inscrire sur un tambour à broder ou un macramé en vente sur etsy.

Le freesurfeur professionnel Damien Castera et le double Champion du Monde de Snowboard Mathieu Crépel sont dans cette lignée, ébahis par la beauté du monde, conscients de l’environnement qui les entoure, animés par le désir de bien faire en donnant vie à leurs passions. Au printemps 2015, ils sont partis à la découverte de l’Alaska pendant 5 semaines afin de rallier, en suivant le cheminement de l’eau, le sommet du glacier Ridge of Dream Icefield au Golfe d’Alaska. L’année suivante, la mystique Patagonie Chilienne leur a ouverte ses portes. De l’eau à 8° du nord-ouest du canada aux paysages verdoyants de Chiloe à la poudreuse du Pic du Midi de Bigorre, il n’y a qu’une trace de snowboard. “Pas besoin d’aller à l’autre bout du monde, l’aventure commence sur le pas de notre porte. A nous de l’inventer !”

Texte : Damien Castera | Photos : Guillaume Arrieta

Nous voici lancés dans la troisième aventure Odisea. Après l’Alaska et la Patagonie chilienne, nous revenons à nos racines pour réaliser une odyssée depuis le pic du Midi de Bigorre jusqu’à Bayonne, des neiges Pyrénéennes aux vagues du Pays Basque. Comme nos précédentes expéditions, nous retracerons le parcours d’un flocon de neige qui se dépose au sommet d’une montagne, coule le long des rivières et finit sa course dans l’océan. Snowboard, packraft, surf… peu importe pourvu que la glisse soit célébrée.

Avec ce voyage en terres françaises, inspirés par nos amis de l’association Du Flocon à la Vague, nous souhaitons montrer que la valeur d’une aventure n’est pas proportionnelle au défilement kilométrique, pas besoin d’aller à l’autre bout du monde, l’aventure commence sur le pas de notre porte. A nous de l’inventer !

«Magie du lieu, magie de l’instant. La contemplation de la voûte céleste permet de reprendre contact avec le vaste univers. » 

Pour cette première partie du voyage, nous avons mis le cap sur la région où Mathieu s’est forgé ses premières armes de snowboardeur (pour rappel, il fut par la suite 3 fois champion du monde). En crapahutant le long du val d’Arizes qui serpente au pied du pic, Mathieu se remémore des souvenirs d’enfance : « J’ai un lien privilégié avec le Pic du midi. Je suis né à Tarbes au pied des Pyrénées, l’hiver je vivais en face du Pic. Lorsque je poussais mes volets chaque matin, j’admirais cette montagne mythique, avec le rêve de pouvoir un jour la descendre. Cet endroit m’a toujours fasciné, et je suis heureux de le partager aujourd’hui avec vous.”

Bâti sur les cimes enneigées comme une forteresse de Tolkien, le complexe scientifique culmine à 2 876 au dessus des basses couches de l’atmosphère, terrain propice à l’observation des corps célestes.

Au sommet, nous retrouvons Nicolas Bourgeois, docteur en géographie et directeur adjoint du pic. Grâce à lui, nous avons l’opportunité de nous enfoncer dans les profondeurs du complexe, d’arpenter les vieux couloirs et les pièces sombres jusqu’aux coupoles astronomiques, où les téléscopes permettent le grand saut dans l’espace. Comble du bonheur, le site est fermé au public jusqu’au mois de Juin, seuls quelques techniciens et scientifiques entretiennent l’âme des lieux.

« Penchés vers les cieux comme on se pencherait vers la mer, nous ressentons l’ivresse des profondeurs sidérales. » 

Malgré une météo capricieuse durant les premiers jours, la nuit claire apparait enfin et orchestre la lente éclosion des étoiles. Magie du lieu, magie de l’instant. La contemplation de la voûte céleste permet de reprendre contact avec le vaste univers. Penchés vers les cieux comme on se pencherait vers la mer, nous ressentons l’ivresse des profondeurs sidérales.

Dans la salle de contrôle, les astronomes partagent avec nous certaines études menées sur la magnitude des étoiles. On parle chiffre, lois astrophysiques, et poésie tout de même. Le lendemain, grâce au coronographe, nous pouvons observer les activités de la couronne solaire. Quel privilège de partager ces moments dans un endroit si chargé d’histoires.

Après trois jours passés au sommet, nous entamons la descente en snowboard. Encombré par un sac de 20kg et un vertige qui anéantit toute bonne volonté, je peine à trouver l’équilibre. Mathieu ouvre la voie tandis que je m’accroche tant bien que mal à sa trace. Arrivé au premier col, nous montons le camp pour la nuit. J’apprendrai plus tard que notre bivouac fut installé à l’endroit même où, en 1741, le célèbre astronome François de Plantade perdit la vie. Selon la légende, il serait mort au col de Sencours, sextant au poing, en s’exclamant : « Ah ! que tout ceci est beau ! »

Nous utilisons le reste de la journée pour grimper les différentes faces environnantes et réaliser quelques descentes spectaculaires. Malheureusement le brouillard s’abat de nouveau sur les montagnes, nous obligeant à patienter sur les cimes en attendant le bon moment pour s’élancer.

Après une nuit fraîche sous la tente, nous plions le camp et glissons vers la vallée sur une agréable neige de printemps. Nous utilisons les coulées d’avalanche pour progresser au maximum et atteindre le lit de la rivière.
La première partie de l’expédition est désormais terminée, place à la navigation…

Damien et Mat

Redécouvrez les récits d’aventures et conseils de lecture de Damien Castera sur le Journal Relief.

Quelques articles

Instagram