Copenhague ou l’éloge du noir et blanc

« Le blanc et le noir, c’est pas des couleurs» disent-ils.
Pourtant, je vois les choses en noir et blanc.
Alors je fais comment?

 

Je vois les feuilles des arbres du cimetière Assistens dans un noir pâle capable d’adoucir les nervures les plus prononcées. J’imagine les volets des immeubles grisés, bordés de moulures blanc cassé, tout en contraste, dans une symétrie aussi monotone que rassurante. J’aime apporter du blêmissement aux journées ensoleillées, celles qui saturent les vitrines des magasins de reflets grossiers et indélicats. Je réinvente les couleurs chaudes en gris sombre envoûtant. Le long du canal du Nyhavn, je repeins les façades des maisons en un nuancier de morose argenté. Je dis adieu aux volvo bleu ciel qui stationnent devant l’Hotel Danemark, je jette un grand sot d’eau sur les abat-jours jaunes flamboyants qui tapissent les plafonds des cafés branchés. J’éteints les guirlandes d’ampoules au-dessus des portes avant de faner les Smørrebrød colorés saveur saumon-avocat des halles de Torvehallerne à grands coups d’anémie blafarde. J’étouffe les sourires roses des danoises, et ajoute des notes hivernales à l’habituel exotisme du jardin botanique.

Bref, je fous de la grisaille un peu partout, du ciel aux larges trottoirs de la rue Jagtvej dans le quartier de Norrebro, du sommet des manèges des jardins de Tivoli aux nappes de pic-nic froissées déposées sur l’herbe du parc Kastellet.

J’aime le noir derrière lequel on devine la couleur, la suggestion du réel sublimé, celui qui n’ennuie personne, qui va jusqu’à rassurer. Je m’ébahis devant le blanc immaculé des toges des statues, qu’on a oublié de repasser. J’aime ne pas trahir la robe innocente des cygnes sur la rivière Mølleåen. Il n’y a rien de plus beau, rien de plus honnête que de travestir la réalité en une danse monochrome, une valse aux accents plus prononcés, plus forts, plus furieux, plus fanatiques. Puisque le noir et le blanc sont avant tout des sentiments, un état d’âme plus puissant qu’un twitt de Trierweiler. Puisque le noir est une idée fixe, bien dans ses bottes. Puisque le blanc est une douce mélodie, un pansement, un bisou de maman qui apaise alors que le gris est une métamorphose, un souffle, une pause entre deux tempêtes, une sieste sans conséquence. Le noir, le blanc, le gris sont des émotions qui prennent vie, à la fois dévastatrices et mélancoliques, empreintes de douceur, tantôt chics, souvent tristes, toujours justes. Le Noir et Blanc pose un rideau argenté dans une pièce oubliée du fond du coeur.

J’ai rencontré ce Copenhague et j’ai voulu vous le présenter, mon Copenhague aux tons fanés. Je vous le présente tel qu’il est, celui capable de nous faire voyager à travers l’âge des sentiments, ceux qu’on enfouie, qu’on tente de dissimuler comme des ours en peluche écrasés contre une vitre de chambre pour enfants. Voici mon Copenhague tout en couleurs, sans trop de couleurs, puisque je vis les choses en noir et blanc, avec la même passion , le drame, la mélancolie, et la même folie que les films de Fellini.

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