La Patagonie par Matthieu Tordeur

L’Agence Relief est aujourd’hui heureuse d’annoncer qu’elle représentera désormais l’explorateur Français Matthieu Tordeur, connu comme le plus jeune membre de la prestigieuse Société des Explorateurs Français, fondée en 1937 par des pionniers de l’exploration tels que Paul-Emile Victor, Louis Liotard et Jacques-Yves Cousteau. Nous aurons ainsi la chance de publier régulièrement ses récits de voyages et autres aventures autour du globe.

Depuis plus d’une décennie, Matthieu Tordeur a parcouru près de 100 000km à travers 90 pays. Il a ainsi réalisé plus d’un rêve et repoussé les limites de l’endurance humaine. Pour ce premier volet, Matthieu a voulu nous partager son voyage en Patagonie, un périple en famille “pour le trek le plus austral de la planète”. Récit en images.

Pour les fêtes de fin d’année, j’ai embarqué en décembre 2016 avec ma famille à la découverte de la Patagonie chilienne et argentine. Départ de Valparaiso, une ville colorée, bordée d’un amphithéâtre de collines en bord de mer, située à 115 km au nord-ouest de Santiago. Ensemble, c’est à pied que nous avons arpenté les grands parcs nationaux riches de glaciers, montagnes, forêts et rivières. En 4×4, nous avons traversé les grands espaces sauvages du bout du monde. Disposant de plus de temps, j’ai quitté mes parents mon frère et ma sœur à Punta Arenas, tout au sud du continent, pour continuer mon voyage seul. Voici quelques bouts de textes succints, tels des morceaux de carnet de route.

Texte et photos par Matthieu Tordeur.

“Tenir un journal féconde l’existence. Le rendez-vous quotidien devant la page blanche du journal contraint à prêter meilleure attention aux événements de la journée.” – Sylvain Tesson

Tout en longueur, le Chili est un pays immense. Nous nous rendons en Patagonie, en « Terre Magellanique » en avion, d’où nous louons une voiture pour nous rendre dans les différents parcs naturels et sites touristiques. Nous survolons le « Campo de Hielo Sur », le champ de glace Sud de Patagonie. Mesurant 350 km de long, c’est la troisième calotte glaciaire au monde après le Groenland et l’Antarctique. Les rivières sont alimentées par les glaciers en amont. L’eau est si pure que nous y remplissons nos bouteilles. Des blocs de glace dérivante flottent sur le lac Grey, large de 6 km et haut de 30 mètres.

En décembre 2011, le parc national Torres del Paine a subi un grave incendie qui a détruit environ 20 000 hectares de forêt, soit 10% du parc national. Le feu a laissé derrière lui bon nombre d’arbres morts. Les conditions climatiques dans le parc sont très variables. En une même journée, il n’est pas rare d’avoir de la pluie, de la grêle, du vent et du soleil. Peu craintifs, nous croisons de nombreux renards gris dans les forêts de Patagonie.

Le sentier qui mène aux fameuses « tours » del Paine est long d’une dizaine de kilomètres. Les derniers kilomètres sont rudes mais l’arrivée aux trois formations granitiques emblématiques du massif del Paine est proche. Cette année, nous passerons Noël aux pieds de Torres del Paine.

Retour dans le 4×4 de location. Nous traversons la frontière avec l’Argentine et empruntons la mythique « Ruta 40 » dans la province de Santa Cruz pour rejoindre la ville d’El Calafate. Pour aller au plus près du très impressionnant glacier Perito Moreno, en Patagonie argentine, nous prenons un bateau sur le lac Argentino. Le vent sur le pont du bateau est dément.

“Le front du glacier Perito Moreno fait environ 5 000 m de longueur, sa hauteur est de 170 m dont un peu moins de la moitié est émergée, le reste se trouvant sous les eaux du lac Argentino.” 

À proximité d’El Chaltén en Argentine, nous nous lançons à l’assaut du parc national Los Glaciares afin d’admirer le mont Fitz Roy. Haut de 3 405 mètres, les nuages accrochent le sommet du Fitz Roy. C’est un paysage emblématique des parcs nationaux de Patagonie : des montagnes enneigées, un glacier, de la roche brune et de la forêt dense.

Nous croisons beaucoup de « guanacos » sur la route, les lamas patagons. L’île Magdalena située dans le détroit de Magellan au Chili, a la particularité d’accueillir l’une des plus grandes colonies de manchots de Magellan. On en compte 60 000 sur l’île. Ces manchots montrent une grande fidélité envers leur partenaire mais aussi envers leur site de nidification. Ainsi, les manchots retournent années après années nicher dans la colonie où ils sont nés.

Après 2 semaines de voyage commun, nous nous quittons avec ma famille. Mes parents retournent en France. Ma sœur part travailler en Californie et mon frère retrouve son ami Grégoire à Santiago, afin de poursuivre le tour du monde qu’ils ont commencé en septembre 2016

“À la nuit tombante, je trouve refuge dans les taillis près du lac pour passer la nuit sous ma tente. Le trek m’emmène par delà les cols, à travers les vallées, les marécages et les forêts.”

Désormais seul, je décide à Punta Arenas de rejoindre en avion la ville la plus australe du monde. Elle est chilienne et s’appelle Puerto Williams, située sur l’île Navarino à quelques dizaines de kilomètres du Cap Horn. Par le hublot, je contemple la nature sauvage de ces terres isolées. Contrairement à la croyance générale, ce n’est pas Ushuaïa en Argentine mais bel et bien Puerto Williams qui peut revendiquer le statut de ville la plus australe du monde. J’ai sauté dans le premier avion disponible pour l’île du bout du monde, un petit Twin Otter d’une quinzaine de places. Dans l’appareil, quelques touristes et des locaux. Atterrissage à Puerto Williams au Chili, au terme d’un court vol d’une heure.

Une atmosphère très paisible règne à Puerto Williams. Les habitants laissent leurs maisons ouvertes, les clés sur leurs voitures et tout le monde ou presque se connait personnellement. Le petit port de pêche concentre une grande part de l’économie de la ville. Une trentaine de pêcheurs attrapent le crabe royal de Patagonie dans des casiers, un met prisé qui s’exporte très bien.

Le trek commence par une ascension abrupte qui offre un panorama magnifique sur la canal Beagle. On peut apercevoir la piste d’atterrissage de l’aéroport de Puerto Williams. En face l’Argentine. Les vues qu’offrent la marche sont spectaculaires, mais le terrain très difficile rend la progression à la fois lente et dangereuse. Sur cette randonnée, on se déplace en moyenne entre 1 et 2 km/h. À la nuit tombante, je trouve refuge dans les taillis près du lac pour passer la nuit sous ma tente. Le trek m’emmène par delà les cols, à travers les vallées, les marécages et les forêts. À cette époque de l’année, en janvier, le climat est assez rigoureux. À environ 800 m d’altitude, la neige s’est installée en montagne. Par endroit je m’enfonce jusqu’aux genoux. Il me faut redoubler de prudence d’autant plus que le terrain pierreux est très irrégulier. La descente vers le canal Beagle et Puerto Williams est à pic. Heureusement le terrain composé de graviers est très meuble, je peux donc descendre à grandes enjambées en entraînant dans mon passage quantités de petites pierres qui glissent sous mes pas; ce qui facilite ma descente.

Habituellement 4 jours sont recommandés pour faire la totalité du parcours. Je termine le trek en moins de 48h, en doublant les étapes, à marche forcée. En partie pour le challenge sportif, mais aussi pour ne pas rester seul trop longtemps dans cet environnement aussi hostile que perdu. De plus avec l’été austral, les journées sont très longues et j’ai pu marcher de 9h à 22h. À l’arrivée en descendant de la montagne, c’est avec une once de soulagement que je retrouve la civilisation.

Suivez les aventures de Matthieu Tordeur et retrouvez l’intégralité de son périple.

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