Carte blanche : “Les Racines du Ciel”

Pour la seconde édition de Carte Blanche, le freesurfer et explorateur Français Damien Castera nous présente, selon ses mots, “certainement l’un des plus beaux titres de la littérature française pour un des premiers grands romans humanistes et écologistes.”

Par Damien Castera.

« Les Racines du Ciel » est le roman « symphonique » de la nature puissante et de la beauté primitive. Les éléphants deviennent le symbole de la liberté, courant dans la savane, écrasant les arbres et les barrières qui obstruent leur route.

J’ai lu ce livre somptueux en traversant la Namibie du Nord au Sud en Août et Septembre 2014. Dans le grand territoire d’Etosha, je réalise ma première rencontre avec ces animaux fantastiques, solides comme des rocs, fiers comme des Dieux.

Dans mon carnet de route de l’époque, je note :

« Les éléphants sont l’autre grande merveille de ce pays. Ces géants maladroits confinés dans des territoires qui fondent comme peau de chagrin, m’apparaissent en véritables anachronismes dans la marche du monde. Un animal sacré, mythologique, une force superbe qui semble appartenir à un autre âge, comme un vestige, une relique des temps anciens où la taille et la force primaient sur l’intelligence dans la lutte pour la survie. »

L’histoire du livre se déroule dans les années 1950, au Tchad, ex-Afrique Équatoriale Française. Nous sommes à une époque charnière où se mêlent les derniers soubresauts du colonialisme et les premières actions indépendantistes. Des européens sont venus s’y installer pour y écouler une vie tranquille, se livrant à de menus trafics, au nez et à la barbe des autorités locales, souvent complaisantes et soudoyées.

Morel, personnage central du roman, à la fois « homme dérisoire et légende magnifique », écologiste avant l’heure, décide de prendre les armes contre les chasseurs d’éléphants et d’incendier les dépôts des recéleurs d’ivoire. Rejoint dans son combat par des nationalistes et des partisans politiques indigènes qui se servent de lui pour se faire connaître, il entreprend une véritable guérilla contre les ennemis des éléphants. Suspecté d’être un agent double à la solde de l’URSS, envoyé en AEF pour y fomenter des désordres, Morel devient l’homme à abattre : administrateurs coloniaux, chasseurs, contrebandiers, jésuites, chef de tribu … tous veulent sa peau.

Extrait :

Quand vous n’en pouvez plus, faites comme moi : pensez à des troupeaux d’éléphants en liberté en train de courir à travers l’Afrique, des centaines et des centaines de bêtes magnifiques auxquelles pas un mur ni même un barbelé ne résistent, imaginez-les foncer à travers les grands espaces ouverts cassant et renversant tout sur leur passage.

“Tant qu’ils sont vivants, rien ne peut les arrêter – la liberté, quoi !”

 

Et même quand ils ne sont pas vivants, peut-être qu’ils continuent à courir ailleurs, qui sait, tout aussi librement. Quand vous commencez à souffrir de claustrophobie, du béton armé, du matérialisme intégral, imaginez-vous des troupeaux d’éléphants, en pleine liberté, suivez-les du regard, accrochez-vous à eux, dans leur course. Et vous verrez, ça ira tout de suite mieux…

Suivez les aventures de Damien Castera

Photos : Sergio Villalba

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