Broken Fingaz se paye U2. Et inversement.

” Il y a une semaine, nous avons reçu un coup de de téléphone d’Universal, disant que U2 souhaiterait que l’on créé une vidéo animée pour leur nouvelle chanson “American Soul” avec une intro de Kendrick Lamar. Il ont ajouté qu’ils en avaient besoin dans 8 jours.” C’est là que tout a commencé.

Le génie créatif du collectif d’artistes Broken Fingaz est arrivé aux oreilles de Bono. Inspiré des comics américains, le travail du collectif ne cesse de valser entre l’humour, le profane et le sacré. A travers des couleurs vives, des excès psychédéliques, des tendances réalistes, des allusions mortuaires, une cruauté humaine et un imaginaire sexuel débordant, Broken Fingaz joue aujourd’hui sur un nouveau tableau en s’associant au groupe Irlandais. “On n’était pas vraiment certains de pouvoir le faire mais on a évidemment accepté ! Puisqu’on était tous à droite à gauche à ce moment-là, on en a profité pour filmer à Haifa, à Londres et au Rajasthan.”

En partenariat avec Adme, la célèbre âme créative avec laquelle le collectif Broken Fingaz a produit la plupart de ses vidéos, Broken FIngaz a créé le clip vidéo pour U2 en seulement 4 jours, le tout entièrement fait maison!

Par Elisa Routa

“U2 nous a donné une totale liberté créative et n’a vu la vidéo qu’une fois terminée.”

Une demande inattendue et une deadline un peu folle, il n’en fallait pas plus pour que le collectif originaire de Haifa en Israel accepte de relever le défi. On connaissait notamment Broken Fingaz pour leurs graffitis de mec barbu portant un laser ou de nanas pas mal dénudées, on les retrouve aujourd’hui à travers une nouvelle performance. « La musique a toujours représenté une grande partie de notre vie. On a commencé à faire des posters et des couvertures d’albums pour nos potes qui avaient un groupe. Avec les années, on a eu la chance de créer pas mal de visuels pour des musiciens comme Alchemist, GaslampKiller, Gonajsufi, Pearl Jam, Blink 182, Groundation, Antohny B, Primus, 3421, Daedelus et pleins d’autres artistes. » 

« American Soul », la chanson issue du tout dernier album de U2 intitulé « Songs of Experience » débute notamment par une intro du rappeur américain Kendrick Lamar. « On est quelque part habitués à bosser sous pression. On était super excités quand on reçu la proposition. Parfois, la pression peut amener quelque chose de positif au taf, car tu n’as pas à réfléchir trop longtemps, tu dois simplement suivre tes instincts primaires, » explique le collectif. « Etonnamment, on a eu une totale liberté. U2 nous ont seulement demandé d’intégrer les paroles de la chanson et de ne pas brûler le drapeau américain. Donc on a brulé la maison, mais pas le drapeau. » 

“On essaie de prendre part à des projets indépendants autant que possible. On sort toujours la nuit pour peindre des mecs barbus. Pour nous, c’est très important d’être en sans arrêt en mouvement, d’essayer sans cesse de nouvelles techniques, et de garder, toujours, la conscience d’un apprenti.” 

Basé aux quatre coins du globe, Broken Fingaz a improvisé un processus de production fait maison. « En terme de production, c’était assez chaud car on était tous un peu dispatchés à droite à gauche à ce moment là, mais nous n’avions pas d’autres choix que de shooter depuis trois continents différents. Et finalement, ça collait plutôt bien au sens de la chanson. Lorsque tu te demandes ce qu’est « l’âme américaine », ou quelle influence la culture américaine et la politique américaine ont sur le monde… C’était intéressant de voir la réaction des gens dans des pays comme l’Inde, Israel ou l’Angleterre. »

Pour la seconde chanson intitulée  « Get out of your own way » , le collectif a créé un stop motion avec des morceaux de papier. « On avait plus de temps pour créer ce clip donc on a ouvert 3 ateliers; un à Londres, à Haifa et à Bangkok et, pendant 2 semaines, on a quasiment fait que couper des morceaux de papier. C’était dingue. C’était la première fois qu’on essayait un truc pareil donc on n’était sûrs de rien. C’était le plus fun ! » 

Le collectif se souvient avoir commencé à peindre sous les ponts de la ville portuaire d’Haifa en 2001. Une envie instinctive, spontanée et créative qui fait, encore aujourd’hui, partie de leur vie. « On essaie de prendre part à des projets indépendants autant que possible. On sort toujours la nuit pour peindre des mecs barbus. Pour nous, c’est très important d’être sans arrêt en mouvement, d’essayer sans cesse de nouvelles techniques, et de garder, toujours, la conscience d’un apprenti. » 

Comment allier les demandes exigentes des projets à gros budget aux valeurs des projets indépendants, à l’impulsivité de la créativité et aux prises de risques? « Plus le temps passe, plus on peut se permettre d’être plus sélectifs quant aux gens avec qui on veut travailler. Nous avons refusé pas mal de projets commerciaux dans le passé parce qu’ils ne nous semblaient pas justes. Travailler sur des gros projets ne signifie pas nécessairement perdre le contrôle. Par exemple, U2 nous a donné une totale liberté créative et n’a vu la vidéo qu’une fois terminée. Alors que beaucoup de clients indépendants sont souvent plus regardants et conservateurs en terme de créativité… De l’extérieur, les choses ne sont pas toujours ce qu’elles semblent être. Tu dois juste essayer et apprendre. C’est ce qu’on fait encore aujourd’hui. »

Suivez le travail et les projets de Broken FIngaz.

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