Benjamin Ferré, l’aventure dans les voiles

A 27 ans, Benjamin Ferré est un néo-aventurier amoureux des lignes de départ. Après un 4L Trophy en binôme, une transatlantique sans GPS entre potes et un tour du monde en solitaire en stop, notre aventurier breton embarquera en 2019 pour une mini-transat “en solidaire”.

On a tenu à en savoir un peu plus sur ce qui motive chacune de ses expéditions hors du commun. De ses rencontres inoubliables aux galères enrichissantes, des doutes qui font grandir aux joies de la solitude, Benjamin Ferré est sans cesse en quête de l’extase unique. A l’aube d’une nouvelle aventure maritime, nous avons rencontré cet optimiste téméraire.

“J’ai appris que le monde est beaucoup plus bienveillant que ce qu’on veut nous faire croire, et que tout est possible !”
Durant ce tour du monde, j’ai fait du bateau-stop à Ushuaia. Mon rêve absolu était d’aller en Antarctique. Le bateau m’a fait passer le Cap Horn et m’a amené voir les glaces. C’est, je crois, ce qui m’a donné ensuite l’envie de m’orienter dans une aventure maritime.”

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

J’ai 27 ans, je suis né en Bretagne, j’ai grandi entre Rennes et Saint Malo. A l’époque, je passais toutes mes vacances au bord de l’eau à la Trinité sur Mer. Mes parents avaient une maison à Saint Malo, elle est devenue le fief familial. C’est dans cette maison que j’ai préparé tous mes différents projets.

J’ai eu un parcours très classique. J’ai fait un IUT à Anger, je suis ensuite parti faire une licence internationale à Edimbourg en Ecosse et suis rentré en France où j’ai fait une école de commerce à Lille (SCEMA). Durant ces 3 ans, j’ai fait une année de césure, où j’ai effectué mon tour du monde en stop. Après, j’ai travaillé pendant 2 ans dans une start up pour les VTC, au moment où les VTC commençaient à exploser en France. C’était top ! Au départ, on était 4 et lorsque je suis parti, on était une petit vingtaine. J’étais alors responsable commercial et stratégique. Au bout de 2 ans, l’aventure m’a retenté donc j’ai démissionné pour remonter un nouveau projet d’aventure.

Quel a été le déclic pour l’aventure ?

Il y a une appétence familiale car, lorsqu’on était petits, mes parents nous amenaient souvent voyager et découvrir d’autres choses. Mais, avec du recul, la véritable première aventure a été le 4L Trophy en 2010. A ce moment là, j’étais alors à l’IUT et on a su trouver une 4L seulement 3 mois avant la date définitive des inscriptions. Notre sponsor principal était « Body Minute », institut exclusivement féminin, et « Cariboom », un site de chasse en ligne. Donc, au départ du 4L Trophy, on était deux mecs dans une voiture rose avec Body Minute inscrit en énorme ainsi qu’un cerf sur le capot. Quand tu as 18 ans et que tu pars aux côtés de 1400 personnes pendant 10 jours dans le désert, c’est une aventure hallucinante. C’est là que j’ai découvert le sentiment de liberté, l’adrénaline d’être sur la ligne de départ après s’être bagarré pendant 6 mois pour un projet. Je pense que le fait de réaliser cette aventure aussi tôt, et d’avoir compris que c’était jouable, a été mon déclic. A chaque fois, tu mets la barre un peu plus haut en tentant un nouveau défi mais le processus est toujours le même.

D’où le tour du monde en 2012. J’avais envie de partir pendant un an. Il a fallu convaincre l’école et trouver un sens à ce voyage. C’était un peu plus conséquent que le 4L Trophy mais, en 6 mois, j’étais à Lima, au Pérou. Je n’avais jamais fait de stop de ma vie. Durant ce tour du monde, j’ai fait du bateau-stop à Ushuaia. Mon rêve absolu était d’aller en Antarctique. J’avais trouvé un bateau qui pouvait me faire voyager, il s’appelait ‘L’Esprit d’Equipe’. Il m’a récupéré à Ushuaia, m’a fait passer le Cap Horn et m’a amené voir les glaces. C’était hallucinant d’aller dans ces latitudes en bateau. C’est, je crois, ce qui a donné ensuite l’envie de m’orienter dans une aventure maritime. Je suis ensuite parti avec un ami, Louis, marin dans l’âme, faire une transat sans GPS et au sextant.

“Que tu passes 10 jours dans une 4L au milieu du désert, un an en tour du monde en stop ou 3 mois et demi à travers l’Atlantique, l’abnégation qu’il faut pour arriver sur la ligne de départ est folle.

Quelles sont les valeurs et les émotions les plus marquantes lors de ces expéditions ?

Ce sont des leçons de vie en ultra condensé. C’est ce que je trouve extraordinaire. Que tu passes 10 jours dans une 4L au milieu du désert, un an en tour du monde en stop ou 3 mois et demi à travers l’Atlantique, l’abnégation qu’il faut pour arriver sur la ligne de départ est folle. C’est jouissif d’être sur le départ. Je me suis d’ailleurs rendu compte que ce qui m’excitait le plus, et ce qui m’apprenait le plus, ce n’était pas forcément l’expérience en tant que telle mais la phase de préparation. J’ai davantage tiré de leçons de cette période. J’ai toujours trouvé plus dur le fait de préparer le projet, d’être prêt à partir, que l’expérience elle-même. Après, c’est que du bonheur. Ce sont des rencontres extraordinaires, des galères bien sûr, mais capables de t’apprendre beaucoup sur toi-même, humainement sur les autres et sur le monde. J’ai appris que le monde est beaucoup plus bienveillant que ce qu’on veut nous faire croire et que tout est possible. Je suis heureux d’avoir compris ça assez tôt. Dans ta vie de tous les jours, être persuadé que rien est impossible et qu’à force d’abnégation et d’opiniâtreté, les choses se réalisent, cela donne confiance en soi. On se dit que quand on se lance dans quelque chose, on a les moyens de le réaliser. Un chose que je retiens de ces projets, c’est qu’à chaque fois, c’est possible.

Avec IMAGO, on essaie de faire prendre conscience aux gens de leur capacité à faire et de leur potentiel.”

Jusqu’ici, quelles sont les choses accomplies et dont tu es le plus fier ?

Que ce soit sur le 4L trophy avec Alex, le tour du monde ou la traversée de l’Atlantique, tout seul, à deux ou à trois, les moments les plus émouvants sont les moments de départ, plus que le fait d’être arrivé de l’autre côté et d’avoir bouclé la boucle. Ensuite, j’a osé sortir de ma zone de confort et je me sens fier des rencontres que ça a généré, fier de ce que ça peut amener en construction personnelle, fier de pouvoir, de temps en temps, partager ça et donner envie à d’autres de s’élancer. Au retour du tour du monde, j’ai pas mal partagé l’aventure. Lorsqu’il y a des gens qui viennent te voir et qui s’identifient à ce que tu fais, que ça a pu inspirer, c’est un sentiment assez fou.

Donner envie aux gens fait notamment partie de ton projet IMAGO, l’incubateur d’aventures fondée en 2017.

IMAGO tend à démocratiser l’esprit d’aventures et rendre accessible l’aventure à n’importe qui. Chaque projet adresse un problème sociétal ou environnemental. Ce que je trouve extraordinaire, c’est que plus tôt tu te rends compte que rien est impossible, plus tôt tu as envie de faire des choses de ta vie, plus tu as envie de t’investir dans des projets qui ont du sens et grâce auxquels tu as la capacité de changer les choses. Pour ça, l’aventure est magique. Aujourd’hui, on vit jusqu’à cent ans. Si tu prends un projet qui va te prendre un an ou deux, ça va représenter 1%, voire 2% de ta vie. En revanche, le fait de l’avoir élaboré, l’apothéose avec la réalisation du projet, les rencontres que l’aventure génère et la formation intellectuelle que cela engendre, représentent beaucoup plus. Plus tôt tu découvres ça, plus ça te donne des ailes pour la suite. L’idée de l’incubateur d’aventures repose sur l’idée qu’il y a des milliers de jeunes, ou moins jeunes, en France qui ont envie d’agir. Pour passer à l’action, il leur manque souvent trois choses : une expérience-déclic, ça peut être une vidéo, une rencontre, un appel à projet ou une phase d’émulation collective.

Bien souvent dans ces projets d’aventures, on se sent très seuls parce que ce n’est pas la norme. On nous met en vigilance, on est un peu le mouton à 5 pattes. Mais quand on réunit 10 moutons à 5 pattes pendant une semaine, avoir des projets fous devient la normalité. Avec IMAGO, on essaie de réunir ces 3 critères pour, non pas faire passer les gens à l’action, mais leur faire prendre conscience de leurs capacité à faire et de leur potentiel.

Bien souvent dans ces projets d’aventures, on se sent très seuls parce que ce n’est pas la norme. On nous met en vigilance, on est un peu le mouton à 5 pattes. Mais quand on réunit 10 moutons à 5 pattes pendant une semaine, avoir des projets fous devient la normalité. “

« Ankourage » est un projet que vous avez notamment soutenu. Tu peux nous présenter cette aventure?

Les 4 mecs qui portent le projet sont top. Ils sont très investis, ils croient en ce qu’ils font et n’ont pas posé des valeurs sur un projet d’aventures simplement pour aller chercher des sponsors. On a senti en eux une certaine détermination et une capacité à faire. Une fois qu’on les avait lancés et qu’on avait appuyé sur le bouton, en 4 mois, on leur a donné un bateau, ils ont levé des fonds et se sont rapprochés d’une association, Pure Water for the World.

Il leur suffisait juste d’un coup de pouce, un déclic pour passer à l’action. Ce qui nous a plu, c’est qu’ils assumaient complètement le kiffe derrière cette aventure. Bien souvent, on déguise les aventures derrière un sport, une action, un objectif, un record. Mais évidemment, monter un projet d’aventures, c’est avant tout du plaisir et des rencontres. Comme un job passionnant, il y a des difficultés mais c’est aussi un pur plaisir.

Des projets 2018 avec IMAGO ?

En 2018, les projets sont nombreux. Avec Matthieu Tordeur, on organise une soirée d’inspiration « Beyond – les Nouveaux Aventuriers » le 28 Mai 2018. Nous faisons intervenir 8 speakers comme Jérémie Villet, Clarisse Cremer, Marine Barneras, Brian Mathé et Thibaud Labey. Durant le soirée, on annoncera aussi l’appel à projets d’aventures 2018, avec une vingtaine de porteurs de projets sélectionnés. Avec eux, on va organiser une semaine complète avec des intervenants extérieurs, des formations à la recherche de sponsors, des formations à la vidéo-photo et des phases d’information pour passer à l’action. Bref, une semaine d’émulation collective avec plusieurs étapes à travers la France, en Bretagne, à Lyon et Paris.

Découvrez les aventures de Benjamin Ferré.

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